247 jours de course WorldTour – 28 coureurs : derrière ces chiffres se cache un véritable défi stratégique. Comment planifier et répartir la saison pour chaque profil tout en gardant le cap sur les objectifs de l’équipe ? Aujourd’hui, la victoire ne repose plus uniquement sur le talent brut, mais sur une architecture de la performance millimétrée et individualisée. Et quand on parle entraînement, on ne parle pas juste d’un entraîneur, mais bien d’une synergie de métiers qui gravitent autour du coureur. Jean-Baptiste Quiclet, directeur de la performance, nous le confie “la performance a un but transversal pour amener le bon environnement, les bons outils et le bon soutien pour les coureurs afin de performer”. Comment cela fonctionne-t-il ?

I. Le pilotage individuel de l’entraînement

La performance de l’équipe se construit autour de coureurs talentueux, et d’un staff compétent et dédié aux coureurs. C’est pourquoi les 28 coureurs de l’équipe sont entraînés en interne, grâce à une grande diversité de coachs. Stephen Barrett, le directeur de l’entraînement, entraîne 4 coureurs qui font partie du groupe sprint. Cinq autres coachs s’occupent de l’entraînement des autres coureurs, avec chacun entre 6 et 8 personnes. Un groupe de coureurs internationaux associés à des entraîneurs internationaux qui connaissent parfaitement les spécificités de l’entraînement de chaque profil.

Stephen Barrett, directeur de l’entraînement, nous raconte : “dès le mois d’octobre, on organise des entretiens individualisés avec les coureurs pour savoir quel serait le meilleur coach. Parfois, le choix est évident car chaque coach a ses spécificités, d’autres fois on attend de voir quel est le meilleur match entre coureur et entraîneur”. D’ailleurs, si l’on demandait aux athlètes qui figure en tête de leur journal d’appels, le nom de leur entraîneur arriverait sans doute en première position. Une belle relation humaine est essentielle pour être en confiance et bien performer.

Tous les coachs de l’équipe sont guidés par une philosophie partagée qui repose sur 3 axes : 

  • collaboration 
  • simplicité 
  • adaptabilité

L’idée est que chaque entraîneur mélange ces ingrédients pour l’adapter à son propre fonctionnement et à ses coureurs. Jean-Baptiste Quiclet nous indique : “La data reste ensuite la boussole de la performance : tout est analysé sur TrainingPeaks grâce aux capteurs de puissance.” Cela permet en effet un suivi factuel et un ajustement constant des blocs de travail, qui sont souvent échelonnés sur 2 à 3 semaines. Il complète : “et on peut ainsi se rendre compte de l’état de forme de nos coureurs, si la stratégie peut rester comme initialement prévu, ou s’il faut adapter.” Comment planifie-t-on alors ces entraînements en prenant en compte les caractéristiques des courses et des coureurs ?

II. L'organisation en "cellules" : l'expertise par objectif

Avant que l’entraînement des coureurs soit planifié, l’équipe doit ainsi, en concertation avec les coureurs, décider des objectifs de chacun pour être performants. L’équipe est organisée en 5 cellules pour pouvoir planifier la saison : une cellule par Grands Tours, les classiques Flandriennes et les classiques “punchy” (dont les ardennaises). Cela permet ainsi de se focaliser sur les grandes priorités de la saison, et d’établir le programme d’entraînement adapté.

L’architecture de la saison intègre également des stages stratégiques en altitude. Jean-Baptiste Quiclet raconte : “on fonctionne par grands blocs. Chaque Grand Tour a son stage d’altitude, chaque catégorie de course a son regroupement de préparation.” Direction l’Etna pour le GIro, la Sierra Nevada pour le Tour de France et Arc 1950 pour la Vuelta. Des stages qui permettent de s’entraîner physiquement, mais aussi psychologiquement à vivre un Grand Tour avec les coureurs et le staff. Stephen Barrett insiste : “les bénéfices d’un stage sont à la fois physiques et psychologiques. On passe des moments difficiles sur le vélo, mais aussi des bons moments en dehors. On crée de la cohésion. Et c’est grâce à ça qu’on va se battre ensuite tous ensemble pendant 3 semaines pour aller chercher le meilleur résultat possible.”

Au-delà de la condition physique, ces rassemblements visent à affiner la communication non-verbale. À force de répétitions, les coureurs décryptent le langage corporel de leurs coéquipiers pour réagir à l’instinct en plein final de course. Stephen Barrett nous raconte : “les stages, et notamment ceux spécifiques au sprint, permettent d’apprendre et de s’entraîner à la communication non verbale : la répétition des efforts type courses permettra d’apprendre le langage corporel de ses coéquipiers et de pouvoir mieux réagir en course.” Alors oui, on pourrait attendre les premières courses pour cela, mais c’est mieux de le faire avant pour pouvoir gagner dès le début de saison, n’est-ce pas Tobias Lund Andresen?

Il y a bien sûr la préparation idéale de l’entraînement, puis la réalité du métier : chute, blessure, virus, méforme… plusieurs paramètres peuvent venir bousculer ce modèle d’entraînement voué à la performance. Alors l’équipe organise des points toutes les semaines, accompagnés des directeurs sportifs, pour que chacun puisse remonter les dernières nouvelles sur chaque coureur et ainsi adapter les futurs programmes de courses et d’entraînement. Adaptabilité, c’était bien le troisième point de la philosophie de nos entraîneurs !

III. La gestion de l’entraînement des jeunes talents

Il y a 6 ans, le plus jeune de l’équipe avait 22 ans. Aujourd’hui, ils sont 5 à avoir moins de 21 ans. Le peloton professionnel connaît un rajeunissement sans précédent, une tendance qui se reflète dans l’effectif de l’équipe DECATHLON CMA CGM. Les jeunes talents sont performants plus tôt, mais il ne faut pas pour autant brûler les étapes. Jean-Baptiste Quiclet raconte : “c’est un choix délibéré de l’équipe de savoir quels sont les éléments importants pour la progression de nos jeunes sans compromettre le futur. Parfois, il faut ralentir leur évolution pour les protéger pour la suite”.

Le mot d’ordre devient alors la progressivité avant tout : l’objectif est d’augmenter le volume et le nombre de jours de course (45 à 60 jours pour un jeune, 80 jours pour un coureur plus expérimenté) sans brûler les étapes. Stephen Barrett complète : “Passer de 500 à 1000 heures de vélo par an peut créer des dommages. Nous devons être conscients de ne pas en faire trop, trop tôt, car cela a des conséquences négatives au bout de deux ans”. Les jeunes s’entraînent ainsi différemment, participent à moins de courses, privilégient les stages et les prises d’expérience et d’automatismes. La qualité à la quantité.

La performance chez DECATHLON CMA CGM Team est un équilibre permanent entre l’entraînement planifié, les données et les sensations des coureurs. La relation entraîneur-entraîné est primordiale pour avancer en toute sérénité. Finalement, pour Jean-Baptiste Quiclet “c’est la synergie entre les différents fronts qui est la plus complexe à gérer”. Oui, lorsque l’entraînement est bien réalisé, en collaboration, simplicité, et adaptabilité, il faut ensuite traiter avec le calendrier et les aléas de course pour que chaque coureur enfile un dossard en étant en mesure d’être le plus performant possible. Et ça semble très bien fonctionner depuis le début de saison.