Une course cycliste ne dure que quelques heures. La journée du staff, elle, commence bien avant le départ et se termine bien après l’arrivée. À l’occasion de l’étape 17 de la Vuelta, nous avons suivi ceux qui travaillent dans l’ombre des coureurs. Une journée rythmée par les préparatifs, la course, la récupération et, déjà, la préparation du lendemain.

Alcalá de Guadaíra, dans la périphérie de Séville – Il est à peine 6 heures et l’hôtel dort encore. Enfin, presque. À quelques mètres des chambres, le camion cuisine est déjà en activité. Le café coule, les premières préparations sont en cours. Thierry Moyne, le cuisinier de l’équipe, est déjà à pied d’œuvre. « Je descends au camion cuisine à 6h et je me mets à préparer les petits déjeuners et certaines recettes pour la journée. »

Au menu ce matin : les classiques du petit-déjeuner de l’équipe, avec notamment des crêpes, pancakes ou gaufres. Cela alterne sur trois jours, avec en plus, du riz au lait, du pain, des céréales, de la confiture, du miel et des omelettes. Parmi ces options, Léo Bisiaux a ses habitudes : « Honnêtement, tout est bon avec Thierry » sourit-il. « Mais le matin, pour moi c’est toujours riz au lait avec des fruits rouges. C’est parfait. »

Le petit-déjeuner est déjà une affaire de timing. Quelques heures plus tard, Léo et ses coéquipiers seront au départ de l’étape. Entre temps, chaque membre du staff a déjà commencé son propre contre-la-montre.

9h – Tout doit être prêt

À mesure que l’hôtel se réveille, l’activité s’intensifie. Les préparatifs s’enchaînent avant le départ vers la course. Pour les coureurs, les derniers moments avant de prendre la route. Pour le staff, les derniers contrôles et une longue journée qui se profile.

Côté mécanique, la plus grosse partie du travail a pourtant déjà été effectuée la veille. Laurent Denonfoux, mécanicien de l’équipe, explique que les éventuels changements de setup, de plateaux ou de roues sont anticipés en amont.

« Le matin, on se garde le moins de choses possibles à faire. Donc c’est vraiment gonflage, vérification que les batteries soient bien chargées. On touche un petit peu les freins pour ajuster la pression si besoin. »

Dernières vérifications, puis les vélos de rechange sont installés sur la galerie. Tout est prêt : direction le départ.

13h28 – Départ de la course

Une fois le départ donné depuis Dos Hermanas, le rythme change. Les coureurs sont désormais concentrés sur leurs efforts en direction de Séville, tandis que le staff entre dans une autre phase de sa journée.

Depuis les voitures, les directeurs sportifs suivent chaque mouvement de la course, transmettent les informations et adaptent leurs consignes en fonction du scénario de l’étape.

Les assistants ont eux aussi leur feuille de route. Il faut se positionner au bon endroit pour assurer les ravitaillements, anticiper les besoins des coureurs et rester disponible en cas d’imprévu. Une course se joue aussi dans cette organisation invisible, où chaque geste doit être réalisé au bon moment.

Pendant que le peloton avale les kilomètres sous le soleil andalous, une autre partie du staff pense déjà à l’étape suivante : le retour des coureurs, leur récupération, le repas du soir et tout ce qu’il faudra préparer pour le lendemain.

15h – Déjà penser au lendemain

Pour Thierry, le retour à l’hôtel marque le début d’une nouvelle séquence. « Je commence à préparer le dîner vers 15h et si j’ai le temps, les collations du lendemain pour l’après-course. Le but, c’est vraiment de prendre de l’avance dès que possible. »

Là encore, la journée ne se pense jamais uniquement au présent : pendant que l’on prépare le dîner, on prépare déjà une partie de la journée suivante.

Puis vient le service. Et lorsque tout le monde a terminé de manger, le travail continue encore un peu. « Il faut ranger une fois qu’ils ont fini de se servir au buffet, attendre qu’ils aient bien fini de manger, et puis tout débarrasser, ranger, récupérer ce qui est récupérable, pour nourrir le staff le lendemain. »

Après l'arrivée – Une autre course commence

À peine la ligne franchie, les assistants se mettent en mouvement. Les six coureurs de l’équipe encore en course sont ravitaillés en eau et pris en charge pour les premières étapes de leur récupération au parking des bus.

Cette année, l’équipe dispose notamment de bains froids, directement dans les vans. Les coureurs y passent entre cinq et huit minutes, avec une organisation millimétrée qui permet aux kinés d’enchaîner plusieurs coureurs.

« En général, on arrive à passer trois à quatre coureurs », explique Claudine Lespinasse, kinésithérapeute de l’équipe. Mais tous les coureurs ne sont pas amateurs de bains froids. Et certains ont même leur propre façon de les aborder. « Il y en a qui ne prennent même pas le temps de se déshabiller », raconte Claudine tout sourire, en évoquant Léo Bisiaux. « Il rentre directement, il soulève le couvercle. Et avec le couvercle presque sur la tête, ça ne le gêne apparemment pas ! »

Une fois à l’hôtel, le travail du staff se poursuit. Les kinésithérapeutes enchaînent avec les massages de récupération et, lorsque c’est nécessaire, différents soins : mobilisations, étirements, compression, froid ou encore pressothérapie.

Pour les mécaniciens, la journée est loin d’être terminée elle aussi. Les vélos qui ont accompagné les coureurs doivent maintenant être remis en état. « Il y a une personne qui est toujours dédiée au lavage, donc dégraissage, nettoyage du vélo. Après, on donne un petit coup de soufflette pour évacuer l’eau. Et puis là, c’est vérification complète », détaille Laurent.

Chaque vélo est passé au crible. Et, en fonction du profil de l’étape suivante, certains réglages peuvent encore évoluer. « Suivant l’étape du lendemain, [on fait le] changement de setup au niveau des plateaux. Vérification du système de freinage de tous les serrages, l’état des pneumatiques. Un état complet pour que tout reparte du mieux possible le lendemain. »

Plus tard dans la soirée – Recommencer demain

Peu à peu, l’hôtel retrouve son calme. Pour les coureurs, la journée touche à sa fin. Pour une partie du staff, il reste encore du travail : ranger, préparer, vérifier, anticiper.

Sur un grand tour, une journée ne se termine jamais complètement. Elle se transmet à la suivante. À Alcalá de Guadaíra, l’hôtel s’endort à nouveau. Demain matin, il faudra recommencer. Changer d’hôtel. Et le café coulera à nouveau avant le lever du soleil.